Journal de bord

#30 [TÉMOIGNAGE] Adam, rescapé à bord de l’Ocean Viking

Une semaine après avoir été secouru en mer, Adam* a commencé à se confier à moi, en ce vendredi ensoleillé et venteux sur l’Ocean Viking. Le jeune homme de 19 ans a accepté de partager son histoire avec le reste du monde en espérant que soient mieux compris ceux qui ont survécu à la mer Méditerranée. Originaire du Sud-Soudan, Adam a passé un an en Libye, transféré d’une prison à l’autre.

“Mon père est toujours au pays. Il a été blessé au cours de la guerre qui sévit au Soudan, et il est trop vieux à présent pour travailler et subvenir aux besoins de notre famille. Mes deux frères cadets sont donc restés auprès de lui pour l’aider, mais pour cela, ils ont dû quitter l’école”.

“Ma mère a disparu pendant plus de neuf ans. J’étais encore enfant lorsqu’un jour, des violences nous ont contraint à nous disperser dans les champs pour échapper aux balles. Nous n’avons jamais su ce qui s’est passé, mais pendant plus de neuf ans, nous n’avons pas eu de ses nouvelles…. Et un jour, alors que j’étais en prison en Libye [dans un centre de détention], mon père m’a contacté pour me dire qu’il l’avait retrouvée ! Elle ne vivait plus dans mon village, mais ailleurs, dans un endroit sûr.”

Adam est arrivé en Libye en juin 2018. Il a rapidement été arrêté et conduit à Bani Walid, dans un hangar tenu par des trafiquants libyens. “Ils ne nous donnaient pas à manger. Seulement de l’eau salée. On était continuellement frappés et torturés, et il fallait que nos parents envoient de l’argent pour qu’on nous relâche. Les Jeudis, des trafiquants libyens venaient et emmenaient des femmes pour les violer, avant de les ramener au centre”, ajoute le jeune homme.

Après quatre mois à Bani Walid, Adam parvient à s’échapper et gagne Tripoli. N’ayant plus de contacts avec sa famille, quelques amis l’ont aidé et payé pour sa remise en liberté. Là-bas, il tente de trouver un travail, n’importe lequel. “Il y a une place à Tripoli où nous, les Noirs, attendons que des Libyens viennent nous choisir pour nous faire travailler. La plupart ne vous payent jamais, même si vous travaillez toute la journée”, a-t-il découvert à ses dépens.

Comme la plupart des rescapés, Adam a plusieurs fois tenté de s’enfuir via la Mer Méditerranée. Il était intercepté par les garde-côtes libyens et renvoyé dans les centres de détention du pays, sauf la fois où des pêcheurs ont sauvé plusieurs personnes d’un naufrage, avant de les renvoyer vers les côtes libyennes.

“J’y suis arrivé à présent, et je suis en sécurité grâce à vous, réalise Adam, mais nos frères sont toujours en danger en Libye. Ils vous volent et vous tuent sans raison particulière, en plein milieu de la rue”, se remémore-t-il.

Lorsqu’arrive la fin de notre conversation, Adam sourit, mais son regard est emplit de frustration. Il ne sait toujours pas quand ni où il débarquera de l’Ocean Viking. “Une fois en Europe, j’aimerais simplement être heureux. Continuer d’étudier les sciences pour devenir docteur, mais surtout être heureux”.

[FIN]

*Le prénom a été changé

Propos recueillis par Avra Fialas, chargée de communication à bord de l’Ocean Viking.